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Des hébergeurs, des fournisseurs d’accès et de noms de domaine prônant l’autogestion, le partage des coûts et la solidarité... Les "marchands" du Net n’ont qu’à bien se tenir !

Eté 2000 : après de multiples procès gagnés ou perdus, et las de subir un certain nombre d’attaques, Valentin Lacambre, créateur d’Altern, renonce à la partie " gratuite " de son activité d’hébergeur. Il n’abandonne pas pour autant son cheval de bataille - l’Internet solidaire et non marchand, autrement dit l’Internet par et pour ceux qui l’utilisent. Il propose que d’autres reprennent le flambeau en créant, à partir de ses logiciels, de nouveaux services pensés pour être gérés de la manière la plus horizontale possible par leurs utilisateurs. Ouvaton, une coopérative d’hébergement numérique soutenue par une association (" Ouvaton les amis "), est l’un des premiers à répondre présent.

Dans le même temps, un autre projet voit le jour. Baptisé l’Autre Net, l’initiative vise le partage équitable des coûts d’hébergement et des responsabilités entre tous les utilisateurs. " Comme Ouvaton, l’Autre Net est un projet politique, animé par une résistance à l’un des volets du projet de loi sur les nouvelles technologies qui vise à transformer les hébergeurs en censeurs des sites hébergés et en contrôleurs des utilisateurs. La différence tient principalement dans le mode d’administration de l’activité. A l’Autre Net, tout le monde peut être intégré à condition de s’investir dans la gestion ", explique Erick Aubourg, directeur de Globenet, hébergeur associatif. Une AG virtuelle

L’Autre Net, devenu une association et bénéficiant d’une petite subvention du secrétariat d’Etat à l’Economie solidaire, revendique en effet un mode de fonctionnement autogéré. Celui-ci repose sur une assemblée générale (AG) permanente en ligne qui permet à chacun de donner son avis, de créer des groupes de travail spécifiques ou d’y participer, de proposer le cas échéant la fermeture de sites hébergés... " Ce n’est pas à l’hébergeur de décider de ce qui est légal ou non. Si un juge exige la fermeture d’un site, on obéira. Mais le choix de maintenir ou non l’hébergement d’un site peut aussi être fondé sur une décision prise par l’assemblée, simplement parce qu’une majorité des membres refuse d’héberger certains contenus ", poursuit Erick Aubourg. Autre particularité : la structure ne repose pas sur un conseil d’administration, et le bureau, simple exécutif, n’a pas de pouvoir décisionnaire. Seule l’AG virtuelle vote les décisions, décide des choix stratégiques. Les groupes de travail peuvent être mis en place (pour la technique et la gestion notamment) de façon permanente ou ponctuelle. " Il n’y aura pas d’AG physique ni d’instance de pouvoir, affirme le directeur de Globenet. Quant au risque d’héberger des sites " pédo-nazis ", je ne pense pas que le problème se posera. Et si c’était le cas, ils seraient certainement très vite supprimés par les autres utilisateurs. " Mutualiser les coûts

Sur ce premier projet non marchand, se greffe une seconde idée à l’automne 2000. Le serveur de l’Autre Net, offert par Valentin Lacambre et destiné à accueillir de nombreux " locataires ", est hébergé chez Globenet en attendant que les membres de l’association puissent payer leur bande passante [1]. Au même moment, Globenet recherche un prestataire pouvant lui fournir une capacité de transmission de données plus importante. L’idée germe alors de partager les coûts des bandes passantes respectives des différentes structures, ce qui conduit à diminuer fortement le prix supporté par chacune.

Fin 2000, la discussion s’ouvre à d’autres partenaires, qui expriment les mêmes souhaits ou les mêmes besoins. Les interlocuteurs pousseront cette logique de mutualisation jusqu’à imaginer la création d’une " salle des machines " associative, cogérée et dont les utilisateurs partageraient les coûts. Le projet prend corps en mars 2001 : Placenet (association proposant de l’ADSL à prix coûtant), Gandi (fournisseur de noms de domaines à bas prix), French Data Network (fournisseur d’accès associatif), Netaktiv (fournisseur d’accès et de services Internet associatif) et Globenet [2] fondent Gitoyen, un groupement d’intérêt économique (regroupement d’organismes aux statuts différents), chacune des structures déléguant une personne à l’administration du GIE. "Gitoyen est au service de ses membres : cet outil permet d’acheter de la bande passante en gros, de donner à chacun des moyens de mettre en place ses propres projets (ADSL, hébergement de serveurs...). A terme, il existera un véritable réseau d’acteurs susceptibles de proposer des offres peu coûteuses, alternatives à celles des prestataires marchands, allant de l’accès Internet à la prestation sur les noms de domaine en passant par l’hébergement de serveurs, la fourniture de bande passante et autres services", conclut Erick Aubourg. Dès septembre prochain, les internautes pourront profiter de ces multiples services… Encore un peu de patience !

Anne Dhoquois

  • [1] Bande passante : capacité des " tuyaux " (câbles, satellites, réseaux de télécommunications de toute nature) à transmettre un certain volume d’informations, de données numériques.
  • [2] Globenet, French Data Network (FDN) et Netaktiv devraient prochainement mutualiser leurs services d’accès au Net. En prévision : un numéro d’accès national en tarification locale directement géré par les trois partenaires, ainsi qu’une réévaluation à la baisse des tarifs d’accès pour les membres.

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Source Site: Gitoyen

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Original-URL: https://gitoyen.net/blog/gitoyen-une-salle-des-machines-associative.html